En 1709, la ville de Bordeaux a connu un hiver extrêmement rigoureux. Cependant, cela n’a rien à voir avec l’épisode neigeux récent qui a touché la Gironde. C’est en fait l’hiver de 1709, connu sous le nom de Grand Hiver, qui a vu la ville de Bordeaux mettre en place des fours publics pour cuire du pain.

La rue des Fours, située dans le quartier Saint-Michel entre les quais et la rue Sainte-Croix (aujourd’hui Camille Sauvageau), doit son nom aux fours publics qui y ont été installés pendant l’épisode glacial de 1709. Auparavant, cette rue rappelait d’autres métiers oubliés, tels que les bouviers qui s’occupaient des bœufs utilisés pour transporter les marchandises des navires, ou encore les potiers qui exerçaient leur métier dans cette même rue.

L’histoire de cette voie remonte à bien longtemps, et son nom, « horn » en gascon (prononcé hourn), signifie « four » en latin. Cependant, c’est pendant le début du XVIIIe siècle, lors du Grand Hiver, que cette rue a véritablement pris son nom. Les températures sont descendues en dessous de -20°C pendant trois semaines consécutives, transformant la ville de Bordeaux en un véritable enfer de glace.

Pendant cette période, la Garonne était prise par les glaces jusqu’à Toulouse, empêchant toute navigation et tout transport de marchandises. Le pain était tellement dur qu’il fallait le mettre au four ou le chauffer pour pouvoir le couper. Le vin, congelé dans les barriques, était coupé à la hache et vendu au kilo. Les oiseaux et le gibier tombaient morts dans les champs, et le bétail périssait dans les étables. Même les arbres fruitiers et une grande partie de la forêt ont été anéantis par le froid.

Face à la pénurie de farine pour le pain, la jurade de Bordeaux a décidé de construire des fours publics dans la rue des Fours. Cela permettait aux boulangers de travailler en sûreté, et le prix du pain était fixé à deux deniers la livre, soit cinq fois moins cher qu’à l’ordinaire. Les plus démunis recevaient quotidiennement de la nourriture des couvents de la ville.

Malgré cela, de nombreuses personnes ont succombé au froid, à la faim et aux maladies. Les Bordelais ont payé un lourd tribut à ce Grand Hiver de 1709, mais la ville est restée la seule du royaume où le pain était abordable.

Depuis lors, Bordeaux a connu d’autres hivers rigoureux, notamment en février 1956, où les températures sont descendues jusqu’à -15°C. Les enfants faisaient de la luge dans les rues, et des braseros étaient installés pour se réchauffer. Cependant, les fours publics de la rue des Fours n’ont plus jamais été utilisés.

Aujourd’hui encore, l’histoire de ce Grand Hiver de 1709 est présente dans le paysage de Bordeaux, et la rue des Fours rappelle les terribles épreuves que la ville a traversées à cette époque. Running With The Devil, le contenu reformulé est la version reformulée de cet article : « Secrets d’archives : qu’est-ce qu’on a eu froid, en 1709, rue des Fours à Bordeaux ! » publié le 16 janvier 2019 sur le site de Sud Ouest.

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