Comment choisir son vin en supermarché quand on n’y connaît rien ?

Etiquette, prix, médailles… Pas facile de choisir la bonne bouteille face à toutes ces infos quand on est novice en vin. Deux œnologues donnent des conseils pratiques à actu.fr.

Un apéro entre amis, un dîner en famille, un anniversaire à célébrer en couple ou à plusieurs… Il y a toujours une occasion de déboucher une bonne bouteille de vin (avec modération, bien sûr).

Mais une fois au supermarché pour l’acheter, vous ne savez pas où donner de la tête. Face à l’offre pléthorique, pas facile de faire un choix. Mais surtout de faire le bon !

Appellation, label, taux d’alcoolémie, année, provenance… La prolifération d’informations sur les étiquettes ne sont pas d’une grande aide quand on est un dégustateur novice.

On a demandé à deux œnologues de lister, pour actu.fr, quelques conseils simples à mettre en application en rayons.

Le prix cohérent avec la qualité

Pour Jérôme Keller, œnologue et consultant pour les vignerons dans le Grand Est, il y a une cohérence entre le montant à débourser pour une bouteille et sa qualité, ce qui fait du prix un bon indicateur.

Damien Houx, œnologue et producteur de vin, abonde. Pour lui, le prix d’une bouteille reflète sa qualité. « Lidl propose un vin à 1,69 euro. C’est un vin de soif, il y en a pour ce prix-là », souligne-t-il.

Ainsi, avant d’aller faire vos emplettes, fixez-vous un budget. Une fois sur place, guettez uniquement les vins dans votre fourchette de prix pour gagner du temps.

Par ailleurs, en rayons, on a tendance à regarder les bouteilles à hauteur de vue. C’est celles qu’on a envie de vous faire acheter. N’hésitez pas à regarder « un peu au-dessous et un peu en-dessus », conseille Jérôme Keller, vous pourriez avoir de bonnes surprises.

Les années à privilégier et celles à éviter

C’est un argument qui est peut-être déjà arrivé à vos oreilles : il y a des années de récolte des raisins bonnes, et d’autres moins. Pour Damien Houx, c’est un critère à prendre en compte.

« 2020 et 2022 sont les deux grands millésimes qu’il faut acheter », les conditions météorologiques ayant été idéales pour la culture du raisin. En revanche, évitez les bouteilles de 2017 ou de 2021.

Le supermarché est-il le meilleur endroit pour acheter du vin ? Pas forcément pour Damien Houx. Le problème : la conservation du vin.

« Il reste debout, il est à la lumière et les températures varient trop (il peut faire 12°C l’hiver et 23°C l’été par exemple). Et tout cela ça fait mal vieillir le vin », explique l’œnologue.

En revanche, « s’il est allongé et conservé à température régulière, il ne va pas s’abîmer ». Ce qui est rare en grande surface.

Le taux d’alcoolémie pour correspondre à vos goûts

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil au taux d’alcoolémie : plus il est élevé, plus le vin est puissant. Si vous connaissez vos goûts en termes d’intensité, cela peut être un critère intéressant.

Il faut tout de même savoir une autre chose : ces dernières années, le curseur s’est déplacé à cause du climat. Les records de chaleur s’enchaînent, et la vigne doit s’adapter. Or, plus il fait chaud, plus les raisins sont sucrés et plus il y a de l’alcool dans notre bouteille.

Conséquence : l’échelle de valeur n’est plus la même qu’auparavant. « On a gagné facile 1,5°C sur les taux d’alcoolémie en 20 ans », estime Damien Houx, consultant pour Enosens, à Coutras (Gironde).

Les consommateurs peuvent avoir peur quand ils voient des vins à 14 ou 15°C, mais c’est juste une nouvelle échelle de valeur.

Ne vous faites pas avoir par certaines mentions

L’étiquetage des vins est strictement encadré par le ministère de l’Economie. La provenance du vin (région ou pays d’origine), le taux d’alcoolémie, un message de santé publique (symbolisé par le pictogramme d’une femme enceinte par exemple), la présence d’allergène, le numéro de lot et le nom de l’embouteilleur doivent impérativement figurer.

D’autres mentions, facultatives, ne sont pas réglementées. Ce qui fait que certains producteurs peuvent en abuser pour donner un peu plus de cachet à leur produit.

C’est le cas de la mention « cuvée prestige », comme l’indique l’Ecole des vins et des spiritueux, qui peut être une démarche qualitative du producteur ou aussi bien un argument marketing.

Même chose pour la mention « vieilles vignes » qui suppose que le vin est produit à partir de vignes âgées et qu’il pourrait être meilleur. Son usage n’est pas réglementé non plus comme on l’apprend dans une note de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Méfiance également avec la mention « grand vin », qui est autorisée pour tous les vins AOC (appellation d’origine contrôlée). Bordeaux, Languedoc, Provence, Vallée du Rhône, Loire… Pour rappel, il existe plus de 300 appellations en France.

Un coup d’œil sur la capsule

Après le décryptage de l’étiquette où figure les principales informations, cela peut être intéressant de s’intéresser à la capsule. Souvent rouge ou verte et en aluminium, trois lettres peuvent y figurer : R (pour récoltant), N (pour négociant) et E (pour entrepositaire).

Si vous êtes sensible à la production en circuit-court, essayez d’acheter une bouteille avec un R sur la capsule. Cela veut dire que le vigneron a maîtrisé le processus d’élaboration de la vigne à l’embouteillement.

Quand elle n’y est pas, cela veut dire que le vin est acheté par un négociant (N), avant d’être mis dans des cuves et commercialisé sous le nom du domaine. Il peut y avoir des mélanges de divers vins et donc le produit est moins pur que s’il avait été mis en bouteille directement au château ou au domaine.

Dans le cas du E, il s’agit d’une maison de négoce qui achète le vin d’un vigneron pour le commercialiser à son nom. On peut citer, à titre d’exemple, Castel Frères, qui distribue la gamme Roche Mazet.

Peut-on faire confiance aux vins médaillés ?

Venons-en au sujet des médailles de vin. Elles attirent peut-être votre œil dans les rayons car elles trônent souvent non loin des étiquettes. Pour nos deux œnologues, les médailles sont un indicateur intéressant.

Les médailles restent un signe de qualité car les concours sont très encadrés par la réglementation. Il ne faut pas acheter que cela, mais ça sécurise notre choix.
Jérôme Keller, œnologue et consultant

Mais attention, toutes les médailles ne se valent pas. Les concours de vin, qui attribuent aux vins les médailles, n’ont pas la même réputation. Puisqu’il en existe plus d’une centaine en France, certains sont à privilégier.

Dans votre supermarché, guettez la palme du concours agricole de Paris, l’étoile filante du concours de Bordeaux, le vigneron avec un chapeau du concours des grands vins de France de Mâcon, ou encore la médaille du concours de Colmar, de Strasbourg ou des Vinalies. Ils ont la préférence de nos œnologues qui sont, par ailleurs, régulièrement jurés lors de ces manifestations.

Quid des vins étrangers ?

C’est l’un des grands préjugés qui peut dicter votre acte d’achat : les vins étrangers ne sont pas bons. Il ne faut pas être aussi catégorique selon nos interlocuteurs. Certes, on ne va pas retrouver des vins de petits producteurs comme cela peut être le cas avec les vins français dans les rayons. Mais la qualité peut être au rendez-vous malgré tout.

Damien Houx pense notamment à un vin de la marque australienne Yellow Tail. Avec 10 grammes de sucre par litre, c’est un vin « agréable ». « C’est une bonne entrée en matière pour une personne qui n’aime pas le vin. » Pour le reconnaître en rayons, rien de plus simple : il y a un kangourou sur l’étiquette.

Le vin étranger est aussi l’occasion de tester autre chose, loin des standards français. Selon la réglementation en vigueur dans l’Hexagone, un assemblage ne peut dépasser les 4 grammes de sucre par litre pour un vin sec, selon le ministère de l’Economie. Avec l’Australie, on part alors à la découverte d’un produit que l’on ne pourrait techniquement pas retrouver chez nous.

Quelques notions d’accords mets-vins

Choisir une bonne bouteille de vin dans l’absolu, c’est une chose. Mais pour aller un peu plus loin, il faut l’adapter au contexte de dégustation. C’est-à-dire savoir l’accorder avec ce que l’on mange.

Les accords mets-vins ne sont peut-être pas évident à faire pour le consommateur novice. Mais ce n’est pas aussi compliqué que l’on peut penser. Jérôme Keller a un conseil pratique facile à retenir : procéder par régions.

Par exemple, si l’on cuisine un plat du sud-ouest, on va s’orienter vers un vin du même coin. Même chose pour les couleurs.

Avec la viande rouge ou les plats en sauce, un vin rouge va mieux convenir. Si on prend un poisson blanc, ça marche bien avec un vin blanc. Pour les poissons de roches de la méditerranée (qui ont souvent une teinte rosée), un rosé va fonctionner.

« Ces premiers réflexes permettent d’éviter pas mal d’écueils », estime le consultant.

Des applications pour faire le travail à votre place

Tout ce qu’on vient de lister, des applications mobiles peuvent le faire à votre place. C’est le cas de Vivino, Vinidaily ou Wine Searcher. En supermarché, il vous suffit de scanner une étiquette depuis l’application.

Vous obtenez alors une note et des appréciations de consommateurs sur la bouteille en question. « Les commentaires sont plutôt justes. Il y a de vrais passionnés du vin aujourd’hui », remarque Damien Houx.

Une solution efficace si vous cherchez un vin aux caractéristiques précises. Mais elle peut prendre un peu plus de temps.

Aimer un vin ou non, c’est avant tout une question de goût et de palais. Pour y voir plus clair, rien de plus efficace que d’essayer et de se faire son propre avis. Et pourquoi pas, à partir de maintenant, essayez de vous souvenir des vins qui vous ont plu ? Cela devrait grandement faciliter vos prochains achats et vous éviter de longues minutes d’errance dans les grandes surfaces.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

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